â±ïž L'essentiel en 3 minutes |
đ§ Comprendre l'enjeu pĂ©dagogique des objectifs
L'une des erreurs les plus courantes en conception pédagogique est de décider des modalités (présentiel, distanciel, vidéo, jeu de rÎle) avant de poser les objectifs, c'est-à -dire la nature du changement souhaité chez l'apprenant.
C'est mettre les moyens avant la finalité. Un expert qui produit des slides avant de savoir ce qu'il veut dire, un responsable formation qui déploie la réalité virtuelle indépendamment de sa pertinence pédagogique : voilà deux exemples typiques de ce travers.
Tout nous pousse à raisonner ainsi, car une modalité paraßt immédiatement concrÚte (un jeu de rÎle, une démonstration, une bande dessinée), tandis qu'un objectif pédagogique semble abstrait. C'est précisément pour cette raison qu'il faut s'imposer une discipline : suspendre son jugement sur les modalités tant que les objectifs ne sont pas clairs.
đȘ Les 4 Ă©tapes pour identifier ses objectifs
Ătape 1 : Poser le cadre initial
Avant mĂȘme de formuler des objectifs, il faut clarifier deux Ă©lĂ©ments : l'apprenant et l'instructeur.
L'apprenant
Nous avons instinctivement tendance à l'oublier : les programmes de formation s'apparentent souvent à des listes de thématiques, sans que la notion d'apprenant n'apparaisse. Il faut faire l'effort conscient de matérialiser l'apprenant type, à la façon des personas en UX ou des "publics" en communication.
Pour cela, posez-vous les questions suivantes et tirez-en des implications concrĂštes :
Question | Exemple (formation sécurité incendie) | Ce que j'en retire |
Qui est cette personne ? | Un·e salarié·e d'entreprise | Ce n'est pas son mĂ©tier : il faut ĂȘtre concis |
Que connaĂźt-il du sujet ? | Des notions de base (l'eau Ă©teint le feuâŠ) | Repartir des bases |
A-t-il des idées reçues ? Des mauvais réflexes ? | Essayer d'éteindre un feu trop propagé, utiliser de l'eau sur un feu d'huile | Les inclure explicitement dans la formation |
Quel bénéfice retire-t-il de la formation ? | Augmenter ses chances de survie | Il sera a priori motivé |
Comment risque-t-il d'accueillir la formation ? | Sans remettre en cause l'expertise | On peut ĂȘtre direct |
Dans la vraie vie, vous aurez rarement un seul apprenant. Mais identifier une personne type, mĂȘme approximative, aide Ă se poser les bonnes questions â quitte Ă distinguer ensuite plusieurs catĂ©gories (ceux qui ont dĂ©jĂ des bases, ceux qui n'en ont pas).
L'instructeur
Trois questions Ă vous poser sur vous-mĂȘme :
Quelle est votre identité en tant que pédagogue ? Professeur, formateur, expert, praticien souhaitant partager une bonne pratique. Chaque rÎle implique des contraintes différentes.
Quelle confiance avez-vous dans vos messages ? S'agit-il de vĂ©ritĂ©s objectives (conjugaison anglaise, mode d'emploi d'un produit) ? De pratiques en lesquelles vous avez confiance sans qu'elles soient objectives (le "bon geste" en sport) ? Ou de points de vue construits sur l'expĂ©rience, susceptibles d'ĂȘtre dĂ©battus ?
De combien de temps disposez-vous ? L'écart d'expertise entre apprenant et instructeur a des implications directes : quand l'instructeur détient un savoir dont l'apprenant manque, un style plus directif produit de meilleurs résultats. Quand les niveaux sont comparables, un style participatif (questions ouvertes, discussions) sera plus efficace.
Ătape 2 : Identifier les erreurs pertinentes et les changements attendus
Un objectif pédagogique n'est pas un contenu. "Je forme à la prise de parole en public" ou "j'enseigne l'histoire" présupposent qu'un savoir est envoyé à l'apprenant comme un colis, sans accusé de réception.
Une approche plus robuste est de définir l'apprentissage comme un changement d'état, de A vers B. Ce changement peut s'observer aussi bien pour un savoir que pour un savoir-faire.
Pour chaque objectif, identifiez :
Ătat initial : l'erreur pertinente | Ătat final : le changement attendu |
"J'approche uniquement les clients qui semblent prĂȘts Ă acheter." | "J'approche tous les clients, y compris ceux qui ne semblent pas immĂ©diatement prĂȘts." |
"J'insiste pour prodiguer les soins face Ă un patient rĂ©calcitrant." | "Je propose au patient de pratiquer les soins lui-mĂȘme." |
L'erreur pertinente répond à : "Que se passe-t-il si la personne n'est pas formée ?" Vous pouvez aussi vous demander : "que fait un débutant ?" ou "qu'est-ce que les gens trouvent difficile ?"
Le changement attendu répond à : "Que se passe-t-il si la personne est correctement formée ?" Demandez-vous : "que fait une personne compétente ?"
đĄ Filtre utile : s'il n'y a pas d'erreur possible, il n'y a pas d'enjeu pĂ©dagogique. Ce que vous voulez transmettre est si Ă©vident que l'apprenant s'en sortira parfaitement sans vous.
Ătape 3 : Rassembler les changements dans une structure d'ensemble
Une liste d'erreurs et de changements attendus ne suffit pas à construire un plan de formation sur une durée significative. Il faut les organiser dans une structure globale.
Trois types de découpages sont possibles :
Type de découpage | Exemple |
Par étapes (idéal pour les savoir-faire) | Accrocher le client / Dérouler le pitch / Conclure la vente |
Par situations (idéal pour les savoir-faire) | Face à un nouveau client / un client existant / un client en colÚre |
Par thématiques (idéal pour les savoirs) | Les fruits et légumes / Les viandes et poissons |
â ïž Effectuez ce travail de structuration aprĂšs avoir clarifiĂ© les enjeux concrets pour vos apprenants. Partir de la structure avant les objectifs expose Ă des dĂ©bats de catĂ©gories et de concepts en rĂ©alitĂ© interchangeables.
Ătape 4 : Adapter la stratĂ©gie selon l'Ă©tat initial de l'apprenant
Les stratĂ©gies Ă adopter ne sont pas les mĂȘmes selon que l'apprenant part d'une idĂ©e reçue prĂ©alable ou d'une simple absence d'information.
Prenons l'exemple d'un apprenant qui croit que la Terre est plate. Si vous lui dites directement : "tu as tort, la Terre est ronde", votre intervention aura peu d'effet, elle entre en conflit direct avec son modÚle mental préexistant.
En revanche, si vous commencez par lui demander "à ton avis, la Terre est-elle ronde ou plate ? Pourquoi ?", avant de lui montrer les contradictions qui découlent de son propre raisonnement, vous aurez bien plus de chances de le convaincre.
En présence d'idées reçues : commencez par les faire émerger, montrez leurs contradictions, créez un conflit cognitif avant d'apporter la connaissance correcte.
En l'absence d'idĂ©es reçues : vous pouvez ĂȘtre plus direct, apporter l'information et la faire pratiquer sans dĂ©tour prĂ©alable.
Mots clés : objectifs, recommandations pédagogiques
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